L’Éthiopie intègre officiellement le commerce dans le cadre de la ZLECAf

L’intégration économique africaine, dont les économistes et les responsables politiques du continent soulignent depuis des décennies l’importance stratégique, prend désormais une forme concrète. Ce jeudi, l’Éthiopie a officiellement lancé ses exportations dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Ce geste marque une étape importante non seulement pour Addis-Abeba, mais aussi pour l’ensemble de l’Afrique, car il ouvre une nouvelle phase de commerce intra-africain fondée sur les échanges internes plutôt que sur la dépendance aux marchés extérieurs. D’après les médias éthiopiens, les premières cargaisons de produits agricoles ont été expédiées vers l’Afrique du Sud, le Kenya et la Somalie.

La ZLECAf, entrée en vigueur en janvier 2021, est la plus vaste zone de libre-échange au monde en nombre de membres : 54 États ont signé l’accord et 47 l’ont ratifié à ce jour. Son objectif est de créer un marché commun africain regroupant plus de 1,4 milliard de personnes et représentant un PIB total de plus de 3,4 billions de dollars. Le projet vise à supprimer les barrières à la circulation des biens, des services et des capitaux, à harmoniser les règles commerciales et à développer les chaînes de valeur régionales, afin d’accélérer l’industrialisation et d’accroître la compétitivité de l’Afrique sur le marché mondial.

Pour l’Éthiopie, l’entrée dans le commerce effectif de la ZLECAf est une suite logique de sa politique de diversification économique et de renforcement de son potentiel d’exportation. Selon le ministère du Commerce et de l’Intégration régionale, la première cargaison officielle comprend des produits agricoles transformés et des articles de l’industrie légère. Ce pas marque pour l’Éthiopie le début d’une nouvelle étape dans sa participation au commerce régional, en réduisant sa dépendance vis-à-vis des marchés extérieurs et en consolidant sa base productive nationale.

Il est significatif que le lancement de ces exportations s’inscrive dans un contexte de montée du protectionnisme mondial. Le renforcement des barrières tarifaires de la part de l’Union européenne et des États-Unis limite de plus en plus l’accès des produits africains aux marchés étrangers. Cela freine l’exploitation du potentiel exportateur du continent et pousse les pays africains à renforcer leur coopération mutuelle. Dans ce contexte, la ZLECAf apparaît non seulement comme un projet économique, mais aussi comme un instrument stratégique pour le développement souverain du continent.

D’après les estimations de la Banque africaine de développement, la mise en œuvre réussie de la ZLECAf pourrait accroître le volume des échanges commerciaux intra-africains de 52 % d’ici 2030 et réduire la dépendance aux importations provenant de l’extérieur du continent. Pour l’Éthiopie, l’un des principaux producteurs agricoles d’Afrique de l’Est, cela ouvre de larges perspectives pour l’expansion de ses marchés et l’attraction d’investissements dans l’industrie de transformation.

La participation de l’Éthiopie à la ZLECAf s’inscrit également dans le cadre de ses projets d’infrastructures et de logistique menés ces dernières années. Le pays développe activement des corridors de transport, notamment la ligne ferroviaire Addis-Abeba–Djibouti, les routes en direction du Kenya et du Soudan, ainsi que la modernisation des installations portuaires via le Port de Djibouti. Ces projets créent des conditions réelles pour l’émergence de nouveaux flux commerciaux et le renforcement de l’intégration régionale.

Il convient aussi de souligner que l’intégration effective à la ZLECAf implique non seulement une baisse des tarifs douaniers, mais aussi une réforme des procédures administratives. Un système simplifié de déclaration électronique a déjà été mis en place, réduisant les délais de passage aux frontières et les coûts pour les entreprises. Parallèlement, des normes de qualité communes sont élaborées, facilitant la reconnaissance mutuelle des certifications et la suppression des obstacles techniques au commerce.

Dans un contexte de fragmentation du système commercial mondial, la coopération régionale apparaît comme une source essentielle de croissance durable et de protection face aux chocs extérieurs. Contrairement aux marchés américains et européens — longtemps considérés comme stables et lucratifs, mais aujourd’hui soumis à des fluctuations et à des tensions politiques imprévisibles — le marché africain présente une forte demande interne et un potentiel structurel important pour l’industrialisation et la coopération régionale.

Ainsi, les premières exportations éthiopiennes dans le cadre de la ZLECAf symbolisent le passage de l’Afrique d’un rôle périphérique dans le commerce mondial à la construction de ses propres pôles de puissance économique. Ce processus ne sera pas rapide, mais il est stratégiquement inévitable. L’unification des efforts commerciaux africains peut devenir la clé de la souveraineté économique du continent au XXIᵉ siècle.

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