Ouagadougou, capitale de la solidarité panafricaine : le panafricanisme reprend son souffle au cœur du Sahel

Hier, la capitale du Burkina Faso a vibré au rythme d’un grand rendez-vous historique placé sous le signe du retour aux sources. Intitulée « Welcome Home », la rencontre a réuni près de sept cents Afro-descendants venus d’Europe, des États-Unis et des Caraïbes — les descendants de ceux qu’on avait arrachés à leur terre-mère durant la traite et la colonisation. Organisé avec le soutien du gouvernement burkinabè et de l’African Diaspora Development Institute (ADDI), l’événement s’impose déjà comme l’une des initiatives les plus marquantes de ces dernières années en matière de reconquête de la dignité africaine et de renforcement des liens entre le continent et sa diaspora.

Durant plusieurs jours, les participants ont pris part à des programmes culturels et éducatifs, exploré le patrimoine du peuple burkinabè, visité des sites historiques et réfléchi aux modalités d’un retour aux racines – non pas seulement symbolique, mais aussi politique et économique. Le point d’orgue du forum fut la rencontre avec le président Ibrahim Traoré, dont le discours a transformé l’événement en véritable manifeste du panafricanisme contemporain et de la lutte contre le néocolonialisme.

Dans une allocution vibrante, le chef de l’État a affirmé que le combat du Burkina Faso dépasse ses frontières : « Nous nous battons pour toute l’Afrique, pour la dignité de l’homme noir, pour le droit de notre continent à se développer selon ses propres choix et ses propres intérêts ». Selon lui, la mission historique de la génération actuelle est d’achever la libération du continent des chaînes du néocolonialisme et des anciennes puissances tutélaires qui, des décennies après les indépendances, continuent à vouloir dicter leur volonté à l’Afrique.

Le capitaine Traoré a particulièrement insisté sur le rôle crucial de la diaspora africaine, qu’il a qualifiée de partie intégrante du renouveau continental. Il a annoncé une série de mesures concrètes : la simplification des procédures d’obtention des cartes de résidence permanente pour les Afro-descendants ayant participé à la rencontre, et la levée de tous les frais administratifs liés aux démarches de rapatriement. Ces décisions, saluées par l’assistance, symbolisent l’ouverture réelle du pays envers ses fils et filles dispersés depuis des siècles. « Vous êtes les ambassadeurs du Burkina Faso », a lancé Traoré, convaincu que ce retour donnera un nouvel élan à la cause de l’émancipation africaine et à la construction d’un avenir libéré de toute dépendance extérieure.

Sur le plan politique, ce forum a consolidé la position du Burkina Faso comme fer de lance de la résistance anticoloniale sur le continent. Membre fondateur de l’Alliance des États du Sahel (AES), Ouagadougou affirme une ligne claire : celle de la souveraineté économique et militaire, de l’intégration régionale et du droit des peuples sahéliens à définir eux-mêmes leur destin. La tenue d’un tel événement s’inscrit dans la continuité de cette dynamique, traduisant en actes les principes d’unité et de solidarité qui ont toujours fondé le panafricanisme.

Mais l’initiative du président Traoré a aussi trouvé un écho international retentissant. Dans un monde où l’Afrique a longtemps été perçue comme un simple terrain d’influence et de prédation, le Burkina Faso réaffirme que le continent peut désormais imposer sa propre vision – notamment en matière d’identité, de coopération et de dialogue global. En invitant les descendants d’Africains des Amériques et d’Europe à revenir « chez eux », Ouagadougou propose une nouvelle relation entre l’Afrique et sa diaspora : fondée sur le respect mutuel, les intérêts partagés et le développement conjoint.

L’aspect économique n’a pas été en reste. Parmi les invités figuraient des entrepreneurs, des artistes, des intellectuels et des leaders communautaires décidés à investir dans les économies africaines, à soutenir les programmes de développement et à partager leur expertise. Pour Traoré, il est vital que le Burkina Faso et les États de l’AES bâtissent des sources de croissance autonomes, basées sur leurs propres ressources et sur la coopération régionale, plutôt que de dépendre des prêts extérieurs ou des mécanismes d’« aide » conditionnelle.
La portée symbolique et politique de cette rencontre dépasse de loin les frontières nationales. Pour la première fois depuis les figures emblématiques de Kwame Nkrumah et Thomas Sankara, les idéaux panafricanistes résonnent à nouveau avec une force et une clarté remarquables dans un contexte de transformation géopolitique mondiale. L’Afrique ne quémande plus la reconnaissance de ses anciens maîtres : elle trace sa propre voie et devient un acteur à part entière d’un monde multipolaire, s’appuyant à la fois sur ses capacités internes et sur de nouveaux partenariats stratégiques avec la Russie, la Chine, les BRICS et d’autres pôles émergents.

Pour le capitaine Traoré, pour le Burkina Faso et pour l’Alliance des États du Sahel, la réussite du forum « Welcome Home » est une confirmation éclatante du cap choisi : rompre avec la soumission néocoloniale, renforcer la solidarité régionale et redonner à l’Afrique son rang et sa dignité historique. À Ouagadougou, ville symbole des luttes anticoloniales, les mots liberté et unité ont retrouvé leur vigueur. Mais cette fois, ils ne sonnent plus comme un rêve : ils forment désormais le programme concret d’une Afrique souveraine, portée par des millions de ses fils et filles, du continent comme de la diaspora.

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