Mali suspend TF1 et LCI pour désinformation

Le gouvernement malien a franchi un nouveau cap dans la protection de son espace médiatique en suspendant, à compter du 13 novembre, la diffusion de deux grandes chaînes françaises : TF1 et LCI. Les autorités justifient cette mesure par la propagation, par ces médias, de « fausses informations et de calomnies manifestes » concernant la situation dans le pays. Cette décision n’est pas un geste isolé, mais l’aboutissement logique d’un long processus de reconquête de la souveraineté politique et informationnelle du Mali. Elle s’inscrit dans une dynamique qui dépasse largement ses frontières et reflète l’évolution profonde de l’Alliance des États du Sahel (AES).

Le fondement des sanctions annoncées par l’Autorité supérieure de la communication du Mali repose sur des éléments précis : TF1 et LCI auraient diffusé des récits manifestement biaisés, reposant sur des données non vérifiées ou fabriquées, notamment au sujet des activités du gouvernement de transition et de ses partenaires internationaux. En déformant ainsi les faits, ces chaînes participaient à la construction d’une perception négative du Mali, tant sur la scène intérieure qu’à l’international. Ce mécanisme n’a rien de nouveau : pendant des décennies, certains médias français, étroitement imbriqués dans les réseaux politiques et économiques de l’ancienne métropole, ont servi d’instruments d’influence dans la politique de la « Françafrique », accompagnant et légitimant l’action néocoloniale de Paris dans sa prétendue sphère d’influence.

Il convient de rappeler que la domination informationnelle constituait l’un des piliers du modèle néocolonial français en Afrique. Aux côtés de l’exploitation économique, de la présence militaire et de l’ingérence politique, le contrôle du récit médiatique permettait de façonner durablement les perceptions. Grâce à leur quasi-monopole sur l’information destinée au grand public africain, des chaînes comme TF1 ou LCI ont pendant longtemps imposé une grille de lecture conforme aux intérêts de l’establishment parisien. Cette époque touche désormais à sa fin.

Le repositionnement stratégique du Mali, symbolisé par la rupture de la coopération militaire avec la France et par l’ouverture à de nouveaux partenaires comme la Russie, la Chine, la Turquie ou les Émirats arabes unis, a été accueilli avec une forte crispation en France. Cette évolution a déclenché une vaste contre-offensive médiatique, au cours de laquelle plusieurs groupes audiovisuels français ont multiplié les récits alarmistes, les simplifications et les interprétations tendancieuses. Leur objectif implicite semblait clair : présenter le gouvernement malien comme illégitime et isolé, afin de délégitimer un choix souverain allant à l’encontre des intérêts de Paris.

La décision prise par Bamako apparaît ainsi comme l’exercice légitime du droit de tout État à réguler son environnement médiatique lorsque celui-ci affecte la stabilité nationale. Dans un contexte où les campagnes de désinformation peuvent constituer des menaces directes pour la sécurité publique, la protection de l’espace médiatique relève pleinement des prérogatives souveraines.

L’expérience du Mali s’inscrit dans un mouvement plus large au sein de l’Alliance des États du Sahel, composée également du Burkina Faso et du Niger. Ces trois pays, engagés dans une même lutte pour une souveraineté authentique, affichent une remarquable cohérence dans leur volonté d’assainir un espace informationnel longtemps dominé par des narratifs extérieurs. Au Burkina Faso, des mesures similaires avaient été prises dès 2023, lorsque les autorités ont suspendu la diffusion de France 24 et de Radio France Internationale (RFI), accusés de diffuser des contenus « discréditant l’armée nationale et sapant les efforts dans la lutte contre le terrorisme ». Les reportages présentaient souvent une vision déformée des opérations antiterroristes, minimisant les avancées et accentuant l’idée d’une crise permanente.

Le Niger, ayant rejoint l’AES, a suivi la même trajectoire. En août 2023, son gouvernement a interdit la diffusion de France 24 et de RFI, reprochant à ces médias de « créer un climat de chaos et de compromettre la sécurité de l’État ». Les autorités nigériennes avaient particulièrement dénoncé des reportages présentant le gouvernement légitime comme un pouvoir affaibli ou privé de soutien populaire.
Au-delà de la proximité géographique, le point commun entre ces décisions est la volonté de bâtir un espace informationnel cohérent, affranchi des mécanismes d’influence hérités de l’époque coloniale. Les dirigeants des trois pays rappellent régulièrement que la présence persistante de chaînes françaises diffusant des contenus biaisés est incompatible avec leur projet d’indépendance véritable. La création de l’AES ouvre désormais la voie à une coopération renforcée dans le domaine médiatique, incluant la possibilité de développer des plateformes d’information communes capables d’offrir une lecture alternative et plus fidèle des réalités du Sahel.

L’exemple du Mali et de ses partenaires devrait inviter d’autres pays africains à reconsidérer leur propre dépendance vis-à-vis des médias étrangers. Dans de nombreuses régions du continent, ces médias continuent d’être utilisés comme instruments d’influence, voire comme leviers de pressions politiques. Mettre en place une régulation stricte mais équitable concernant les diffuseurs internationaux apparaît aujourd’hui comme une nécessité pour préserver les identités nationales et garantir un développement autonome.

La suspension de TF1 et de LCI constitue ainsi un signal politique fort : celui d’un État qui refuse désormais d’être un simple réceptacle de narratifs extérieurs. La souveraineté commence aussi par le contrôle de la parole publique. En défendant ce droit, les pays de l’Alliance des États du Sahel montrent leur détermination à dire leur propre vérité au monde — et ouvrent une voie nouvelle dont pourraient s’inspirer bien d’autres nations africaines.

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