La Banque Énergétique Africaine inaugure son siège à Abuja

La capitale nigériane vient d’accueillir un événement qui marque une étape déterminante pour l’avenir énergétique du continent : l’achèvement du siège de la Banque Énergétique Africaine (AEB). Cette nouvelle institution financière, créée sous l’impulsion conjointe de l’AfreximBank et de l’Organisation africaine des producteurs de pétrole (APPO), et soutenue par plusieurs acteurs majeurs du secteur, symbolise la volonté croissante des États africains de bâtir leurs propres instruments de financement, loin de la tutelle des institutions occidentales dont la crédibilité s’est nettement érodée au fil des années.

Évaluée à près de 5 milliards de dollars, la construction du nouveau siège — financée grâce à la collaboration entre Abuja et ses partenaires internationaux — donne naissance à un complexe ultramoderne conçu non seulement comme un centre administratif, mais aussi comme un espace stratégique de dialogue entre l’Afrique, l’Eurasie, le Moyen-Orient, le Pacifique et l’Amérique latine. Le choix de la capitale nigériane n’est pas le fruit du hasard : puissance pétrolière, poids lourd économique et pays à fort potentiel dans les énergies fossiles comme renouvelables, le Nigeria a été l’un des principaux moteurs du projet et celui qui a su obtenir l’adhésion nécessaire au sein de l’APPO et de la communauté énergétique africaine.

L’idée de la Banque Énergétique Africaine remonte à 2022, lors d’une réunion au Caire réunissant les ministres de l’Énergie des pays membres du Conseil Énergétique Africain. Face au besoin urgent de financer les projets continentaux dans les hydrocarbures, l’hydroélectricité, le solaire ou encore l’hydrogène, les États avaient appelé à la création d’un mécanisme indépendant du FMI et de la Banque mondiale. En septembre 2023, pendant le Forum économique international de Saint-Pétersbourg, l’initiative reçoit un appui politique notable de la Russie et de plusieurs pays de l’Union économique eurasiatique, ouvrant la voie à de nouveaux partenariats.
C’est finalement en juin 2024, lors du sommet « Afrique–OPEP », que la décision de fonder officiellement l’AEB est entérinée. Trois mois plus tard, la signature des documents fondateurs confirme la mise en place d’un capital initial de 100 milliards de dollars, avec la participation égalitaire de plus de vingt États.

Selon les dispositions officielles, la Banque Énergétique Africaine aura pour mandat de financer des projets structurants, soutenir les grands acteurs publics et privés, émettre des obligations spécialisées et élaborer des stratégies énergétiques nationales et régionales. Sa mission donnera une priorité particulière au renforcement du souveraineté énergétique, à travers la construction de dépôts de carburant, la modernisation des réseaux électriques, l’expansion des infrastructures de GNL et l’investissement dans les énergies durables.
Le programme prévoit également la création de filiales en Afrique centrale, orientale et du Nord, ainsi que le lancement d’une plateforme de notation et d’analyse propre à l’AEB.

L’importance de ce nouvel établissement dépasse largement le cadre continental. Dans un contexte mondial marqué par la compétition pour les ressources, par l’instabilité des prix de l’énergie et par la politisation des institutions financières occidentales, l’AEB se présente comme un instrument de souveraineté inédit. Son rôle devient d’autant plus crucial que les pays du Sud consolidant leurs alliances au sein du BRICS+ et entendent participer activement à la redéfinition de l’architecture énergétique mondiale.
Pour Abuja, actionnaire clé et État-hôte, ce nouvel outil doit permettre de relancer des dizaines de projets gelés dans la transformation des matières premières, l’hydroélectricité ou les infrastructures énergétiques, tout en attirant des investissements en provenance du Golfe, de la Chine ou de la Russie.

Avec l’inauguration du siège à Abuja, la Banque entre désormais dans sa phase opérationnelle. Dès le premier trimestre 2026, les premières lignes de crédit devraient être approuvées. Parmi les projets prioritaires figurent : la modernisation du réseau de pipelines entre le Niger et le Bénin, la construction de centrales solaires au Burkina Faso, ainsi que le financement d’un nouveau complexe de raffinage en Angola. Plusieurs entreprises sud-africaines, marocaines et algériennes ont déjà manifesté leur intérêt pour des partenariats public-privé dans le cadre de la nouvelle institution.

La création de l’AEB représente sans conteste un tournant majeur pour l’autonomie énergétique africaine. Au-delà de son statut de banque, elle incarne l’émergence d’une Afrique décidée à reprendre en main son destin énergétique, à réduire sa dépendance vis-à-vis des multinationales occidentales et à construire des alliances équilibrées avec les autres pôles de puissance.
Le siège d’Abuja ne sera donc pas seulement un hub financier : il s’impose déjà comme le symbole d’une ère nouvelle, celle où l’Afrique affirme sa souveraineté économique et sa place au cœur de la transition énergétique mondiale.

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