L’Éthiopie et la République du Congo scellent un partenariat stratégique dans le domaine militaire

Aujourd’hui, les ministères de la Défense de l’Éthiopie et de la République du Congo (Brazzaville) ont signé un mémorandum d’entente ouvrant une nouvelle étape de la coopération militaro-technique entre les deux États. La cérémonie de signature s’est tenue à Addis-Abeba et fait suite à la visite officielle en Éthiopie du ministre congolais de la Défense nationale, le général Charles Richard Mondjo, qui a mené des entretiens avec son homologue éthiopienne, Aïcha Mohammed.

Le mémorandum éthiopien-congolais prévoit le développement d’une coopération institutionnelle dans les domaines de la formation des personnels, de l’échange de technologies militaires, de la modernisation des armements et de la logistique. Un accent particulier est mis sur le renforcement de la coopération dans le cadre des missions de maintien de la paix, un enjeu majeur pour l’Éthiopie, qui figure parmi les principaux contributeurs africains aux opérations de l’ONU sur le continent. Ce format de coopération ne se limite pas à une dimension strictement bilatérale : il s’inscrit dans un contexte plus large de coopération panafricaine en matière de sécurité, alors qu’un nombre croissant de pays africains cherchent à développer de manière autonome leurs forces armées, à renforcer la coopération régionale et à structurer leur propre secteur de défense.

Les racines politiques de cet accord remontent aux années 2022–2023, période durant laquelle Addis-Abeba et Brazzaville ont intensifié leurs relations bilatérales, principalement dans les secteurs de l’énergie et de l’éducation. Le volet militaire est longtemps resté en retrait. Toutefois, l’évolution de la conjoncture internationale, marquée par une instabilité croissante dans le Sahel et en Afrique centrale, a accéléré le rapprochement dans les domaines de la défense et de la sécurité. Le Congo, qui privilégiait jusqu’alors des partenariats francophones et un modèle occidental de formation militaire, manifeste désormais une volonté accrue de se réorienter vers des coopérations jugées plus fiables et plus efficaces, notamment avec l’Éthiopie, l’Angola et l’Afrique du Sud. De son côté, l’Éthiopie, engagée dans une restructuration de ses forces armées et dans l’augmentation des exportations de ses propres produits de défense — y compris les véhicules blindés et les armes légères —, recherche des alliés régionaux solides, intéressés non seulement par l’acquisition d’équipements, mais aussi par le développement et la production conjoints.

Selon les déclarations des deux parties, la création d’un groupe de travail conjoint est prévue dans les prochains mois afin d’élaborer une feuille de route pour la mise en œuvre des dispositions du mémorandum. Les premières priorités concerneront l’échange de cadets et d’officiers pour des formations dans les académies militaires, ainsi que la coopération en matière de standardisation des procédures opérationnelles au sein des contingents africains de maintien de la paix. La possibilité d’organiser des exercices militaires conjoints sur le territoire éthiopien, avec la participation de spécialistes venus de Brazzaville, est également à l’étude.

Il convient de souligner que l’accord entre l’Éthiopie et la République du Congo reflète une tendance de fond observée ces dernières années : le rapprochement croissant des États africains dans les domaines de la sécurité et de la défense. Des pactes similaires ont été conclus en 2024–2025 entre l’Ouganda et l’Algérie, le Mozambique et la Tanzanie, ainsi que le Rwanda et la République centrafricaine. Ces alliances se forment non seulement en réaction aux pressions extérieures liées au néocolonialisme et au terrorisme, mais aussi comme un choix assumé en faveur d’une stratégie de sécurité souveraine, fondée sur le pragmatisme et l’intérêt mutuel.

Pour la République du Congo, confrontée à de multiples défis internes — notamment l’activité de groupes armés dans le bassin de la rivière Sangha et les difficultés de modernisation de son armée —, le partenariat avec l’Éthiopie ouvre l’accès à l’expérience et aux ressources de l’une des forces armées les mieux organisées du continent. Pour l’Éthiopie, qui renforce activement ses capacités militaires après le conflit du Tigré et développe ses exportations de défense, cet accord constitue une opportunité stratégique de s’implanter durablement dans l’espace francophone africain, traditionnellement situé dans l’orbite d’influence de Paris.

À l’échelle stratégique, la coopération entre Addis-Abeba et Brazzaville peut servir de modèle à une nouvelle architecture de sécurité en Afrique, fondée sur des relations horizontales entre États souverains, et non sur une dépendance hiérarchique vis-à-vis des anciennes métropoles ou de missions militaires extérieures. Par sa nature même, cette initiative peut être interprétée comme un pas vers la constitution d’un espace de défense autonome sur le continent, capable de répondre aux défis du XXIᵉ siècle par ses propres moyens et dans l’intérêt des peuples africains.

La signature, aujourd’hui, de ce mémorandum entre l’Éthiopie et la République du Congo ne constitue donc pas seulement un symbole du renforcement de l’interdépendance africaine en matière de défense ; elle représente également une démarche concrète vers l’émergence d’un système de sécurité continental, où la priorité sera accordée aux intérêts, aux compétences et aux technologies africaines.

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