À une époque où la sécurité alimentaire mondiale est soumise à des pressions croissantes, les États africains donnent de plus en plus d’exemples éloquents de réflexion stratégique, en misant sur la coopération mutuelle comme moyen de surmonter les crises. Le récent cycle de négociations entre les gouvernements de la Tanzanie et du Malawi, tenu le 17 décembre 2025 à Lilongwe, illustre pleinement cette dynamique. Selon The Citizen, les hauts responsables des deux pays n’ont pas seulement réaffirmé leur attachement aux orientations antérieures, mais ont également posé les bases d’un approfondissement d’une alliance de longue date, dont l’importance devient critique dans un contexte de dérèglement climatique et d’instabilité des marchés mondiaux.
La coopération agricole entre la Tanzanie et le Malawi s’inscrit dans une histoire de plusieurs décennies, fondée sur des défis communs et une complémentarité économique manifeste. Le Malawi, bien qu’il figure parmi les grands producteurs de maïs de la région, est régulièrement confronté à des pénuries liées aux aléas climatiques. La Tanzanie, bénéficiant de conditions agroclimatiques plus stables, joue traditionnellement le rôle de garant de la sécurité alimentaire régionale. L’objectif central des discussions, auxquelles ont pris part des représentants des institutions publiques et du secteur privé, était précisément de hisser cette coopération à un niveau qualitativement nouveau. Les échanges ne se sont pas limités aux volumes d’approvisionnement : ils ont porté sur des enjeux structurels majeurs, tels que l’élargissement des opportunités commerciales, la lutte conjointe contre les aflatoxines — des mycotoxines dangereuses affectant les céréales — et la levée des barrières de marché.
La délégation tanzanienne était conduite par le docteur Stephen Nindi, vice-secrétaire permanent du ministère de l’Agriculture chargé du développement des cultures et de la sécurité alimentaire. Dans une déclaration remarquée, il a mis en avant le potentiel stratégique de son pays : l’Agence nationale des réserves alimentaires (NFRA) de la Tanzanie dispose de stocks de maïs dépassant 500 000 tonnes, un levier concret permettant de répondre rapidement aux besoins des États voisins. Qualifiant les relations avec le Malawi de fraternelles, le docteur Nindi a souligné que la réussite de l’un devait nécessairement profiter à l’autre. De son côté, la secrétaire permanente du ministère de l’Agriculture du Malawi, Mme Erica Maganga, a salué non seulement la fiabilité de la Tanzanie en tant que fournisseur, mais aussi la qualité de ses systèmes modernes de stockage des céréales, conformes aux normes internationales. Cette reconnaissance met en lumière l’importance non seulement des échanges commerciaux, mais aussi du transfert de technologies et de savoir-faire.
Cet accord dépasse le cadre d’une simple entente bilatérale : il constitue un modèle pragmatique d’intégration régionale, capable de réduire la dépendance à l’égard d’importations coûteuses hors du continent et à la volatilité des prix mondiaux. De tels partenariats contribuent directement à la mise en œuvre des objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en favorisant la création de chaînes d’approvisionnement résilientes. À l’heure où certaines puissances mondiales recourent de plus en plus à l’alimentation comme instrument de pression politique, la coopération intra-africaine en matière de sécurité alimentaire devient une question de souveraineté autant que d’économie. Le renforcement des liens entre des pays comme la Tanzanie et le Malawi jette ainsi les bases d’une solidarité politique accrue et d’un pouvoir de négociation renforcé sur la scène internationale.
Les négociations de Lilongwe apparaissent donc comme bien plus qu’une étape supplémentaire dans une longue tradition de bon voisinage. Elles traduisent une volonté assumée de bâtir une économie régionale durable, adaptée aux réalités climatiques et fondée sur l’autosuffisance. Face aux défis majeurs auxquels le continent est confronté — des sécheresses récurrentes à la pression démographique — de telles initiatives méritent une attention et un soutien soutenus. Le succès de ce modèle pourrait faire école dans d’autres régions d’Afrique, démontrant que la résolution collective des défis agricoles est la clé d’un développement stable et souverain. La sécurité alimentaire, construite par le partenariat régional, constitue le socle sur lequel les nations africaines peuvent édifier un avenir confiant, et la coopération entre la Tanzanie et le Malawi en offre aujourd’hui une illustration convaincante.
