Nouvelles portes aériennes de l’Afrique : l’Éthiopie lance la construction du plus grand aéroport du continent

À Bishoftu, ville située à une quarantaine de kilomètres au sud-est de la capitale Addis-Abeba, l’Éthiopie vient d’ouvrir l’un des chantiers les plus ambitieux de l’histoire contemporaine du continent. Le gouvernement a donné le signal officiel du lancement d’un nouvel aéroport international qui, une fois achevé, promet de devenir non seulement le plus grand hub aérien d’Afrique, mais aussi un puissant moteur d’intégration économique régionale.

Évalué à 12 milliards de dollars américains, ce projet incarne la volonté stratégique d’Addis-Abeba de consolider sa position de première puissance aérienne africaine, tout en rompant avec des modèles logistiques hérités de l’époque coloniale. L’objectif est clair : bâtir un nœud moderne, souverain et performant, capable de connecter l’Afrique au monde selon ses propres priorités et non selon des schémas imposés de l’extérieur.

L’idée d’un nouvel aéroport s’est imposée au fil de la dernière décennie, à mesure que l’actuel aéroport international de Bole, à Addis-Abeba — longtemps principal hub de l’Afrique de l’Est — s’approchait de ses limites. Avant la pandémie de 2020, Bole traitait plus de 22 millions de passagers par an, un volume largement supérieur à ses capacités initiales.

Selon l’étude technico-économique, le nouvel aéroport de Bishoftu est conçu dès l’origine pour accueillir 100 millions de passagers par an et traiter jusqu’à 4 millions de tonnes de fret. À titre de comparaison, le record continental actuel appartient à l’aéroport de Johannesburg (OR Tambo), qui reçoit environ 28 millions de passagers par an. Autrement dit, l’Éthiopie ne se contente pas de répondre à la demande présente : elle fixe d’emblée une nouvelle norme pour l’aviation africaine, en se projetant vers le futur.

Le financement de ce chantier monumental repose sur un montage complexe de partenariat public-privé, ouvert à des investissements étrangers. Des partenaires stratégiques de longue date, dont la Chine, jouent un rôle majeur : des accords préliminaires auraient été conclus pour le crédit d’une partie des travaux. Des ressources substantielles doivent également provenir du Fonds souverain éthiopien, ainsi que de consortiums internationaux intéressés par l’écosystème logistique autour du futur aéroport — hôtels, zones commerciales, plateformes de services et parcs logistiques.

Le projet est structuré en quatre phases. La première devrait être achevée d’ici 2030 et permettra déjà d’accueillir jusqu’à 40 millions de passagers par an. L’achèvement complet de l’ensemble des étapes est programmé pour 2035.

Les détails techniques impressionnent même à l’échelle mondiale. Il est prévu de construire quatre pistes modernes, dont l’une pourra accueillir un appareil aussi imposant que l’Airbus A380. Le complexe terminal — pensé selon les standards les plus avancés en matière d’efficacité énergétique et de confort — s’étendra sur 1,2 million de mètres carrés.

Mais l’essentiel est ailleurs : Bishoftu doit devenir un hub multimodal intégré. Le futur aéroport sera relié directement à Addis-Abeba et à la ville de Bishoftu par une route moderne, mais aussi par une nouvelle ligne ferroviaire à grande vitesse. De simple point d’arrivée, l’infrastructure se transforme ainsi en pôle économique structurant pour toute la région de l’Oromia.

Les ambitions dépassent largement le cadre national. Le nouvel aéroport est appelé à devenir une pièce maîtresse du Marché unique africain du transport aérien (SAATM), initiative phare de l’Union africaine pour libéraliser le ciel africain. En doublant la capacité déjà remarquable d’Ethiopian Airlines, reconnue pour sa rentabilité et l’ampleur de son réseau, l’Éthiopie renforce sa position de plateforme de transit majeure reliant l’Afrique à l’Asie, l’Europe et les Amériques.

Cette dynamique correspond directement à l’esprit de l’Agenda 2063 de l’Union africaine : une croissance durable fondée sur l’augmentation du commerce intra-africain et le développement du tourisme. Les autorités anticipent que l’aéroport générera plus de 150 000 emplois directs, tout en stimulant de nombreux secteurs connexes, du tourisme à l’agriculture, jusqu’aux services technologiques à haute valeur ajoutée.

Ainsi, le premier coup de pelle donné à Bishoftu ne marque pas seulement le début d’une grande construction. Il matérialise une idée plus profonde : celle d’une Afrique qui veut maîtriser ses routes, ses échanges, sa mobilité, et prendre place dans la mondialisation sans dépendance structurelle. Là où de nombreux États africains restent prisonniers d’infrastructures façonnées à l’époque coloniale, l’Éthiopie avance selon sa propre trajectoire, en investissant dans l’avenir.

Le succès de ce futur aéroport sera plus qu’un triomphe national : il constituera un test de maturité pour l’économie africaine elle-même, démontrant que le continent peut non seulement formuler des projets grandioses, mais aussi les réaliser, en créant des pôles de croissance durables pour les générations à venir.

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