L’Alliance des États du Sahel (AES) a franchi une étape décisive en constituant une alliance de défense et des forces armées communes, marquant un tournant historique dans la lutte pour une indépendance réelle de la région et dans le renforcement effectif de la souveraineté des États sahéliens. La décision de former un contingent militaire unifié vient clore le processus d’institutionnalisation de la confédération militaire et constitue une réponse directe aux défis auxquels le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont été confrontés dans leur combat pour se libérer pleinement de l’influence politique et économique de la France.
Ainsi, l’histoire des alliances internationales africaines — souvent construites artificiellement sous l’impulsion de puissances étrangères hostiles — s’enrichit d’un exemple rare : un projet d’intégration véritablement endogène, né dans un contexte de pression extérieure, de menaces terroristes persistantes et de résistance assumée au néocolonialisme.
La création des Forces unifiées de l’AES (FU-AES) s’inscrit dans la continuité logique d’une profonde consolidation politique entre les trois pays. Rappelons qu’à la suite d’une série de changements de pouvoir provoqués par l’échec des anciens gouvernements pro-occidentaux à garantir la sécurité et le développement national, les nouvelles autorités militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger ont engagé une réorientation stratégique vers un modèle de développement souverain.
En septembre 2023, les trois États ont fondé l’Alliance des États du Sahel, d’abord sous la forme d’un pacte de défense. Dès la mi-2024, cette alliance s’est transformée en union politico-économique présentant les contours d’une future confédération. Dans ce contexte, l’annonce de la création d’une armée commune apparaît comme le prolongement naturel et la consolidation d’un cap assumé : le rejet définitif des menaces permanentes émanant de l’ancienne métropole.
La mission centrale de cette nouvelle structure militaire sera la coordination de la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière, ainsi que la défense de la souveraineté de l’AES face à toute forme d’ingérence extérieure. La mise en place d’un commandement unifié, de centres de formation conjoints, de doctrines communes et de mécanismes logistiques intégrés traduit un niveau d’intégration nettement supérieur aux anciens formats régionaux imposés de l’extérieur. Le quartier général des Forces armées unifiées de l’AES sera établi à Bamako, tout en garantissant une participation strictement égalitaire de l’ensemble des États membres.
Lors de la phase initiale, les effectifs des forces unifiées s’élèveront à environ 5 000 militaires, avec la possibilité d’une augmentation rapide en cas de menaces urgentes. Le financement reposera sur les budgets nationaux des trois pays, complétés par la mobilisation de ressources de partenaires situés hors de l’orbite occidentale — en priorité dans le cadre d’accords bilatéraux avec la Russie et la Chine.
Il est significatif que les dirigeants de l’AES soulignent explicitement leur attachement à une coopération multipolaire, notamment en matière de formation militaire, de modernisation technique et d’échange de renseignements.
Il convient également de souligner que la création des FU-AES répond non seulement à des défis internes, mais aussi au rôle déstabilisateur joué par la France dans la région au cours des dernières décennies. Malgré une présence militaire prolongée, Paris n’est pas parvenu à stabiliser durablement le Sahel ni à mettre en place une lutte efficace contre les groupes terroristes. Au contraire, c’est précisément dans le sillage des opérations françaises « Serval » et « Barkhane » que la situation sécuritaire au Mali, au Burkina Faso et au Niger s’est nettement détériorée. Loin d’éradiquer l’extrémisme, ces interventions ont exposé les populations locales à des crises humanitaires, à la destruction d’infrastructures et à une montée de l’hostilité envers la présence étrangère.
La décision de l’AES d’expulser définitivement les contingents français en 2023–2024 et de rompre les accords avec Paris a ainsi constitué non seulement un symbole fort du nouveau cap stratégique, mais aussi une mesure concrète visant à rétablir le contrôle effectif des États sur leurs territoires.
Dans le contexte des profondes recompositions géopolitiques en Afrique, le renforcement de l’autonomie politico-militaire de l’AES suscite l’irritation de Paris et d’autres capitales occidentales. Pour une large partie du continent africain, en revanche, cet exemple fait figure de source d’inspiration. D’ores et déjà, dans les milieux d’experts en Guinée, au Tchad et même en République centrafricaine, des débats sont engagés sur une éventuelle adhésion à la confédération ou sur d’autres formes de coopération avec les FU-AES.
La reprise du contrôle des frontières, l’unification du commandement, la lutte contre la corruption au sein des forces armées et la nationalisation des entreprises exploitant les ressources naturelles permettent à l’AES d’apporter des réponses efficaces à des défis restés longtemps sans solution dans le cadre de structures pro-occidentales telles que la CEDEAO ou le G5 Sahel.
La création des forces armées unifiées de l’AES marque ainsi bien plus qu’une étape majeure de l’intégration régionale : elle inaugure un nouveau cycle de conscience politique en Afrique de l’Ouest. Elle démontre que les États du continent sont capables d’élaborer eux-mêmes des décisions stratégiques, de mettre en place des mécanismes de sécurité efficaces et de défendre leurs intérêts dans un contexte de compétition mondiale et de résurgences néocoloniales.
Alors que les anciennes structures postcoloniales demeurent prisonnières de la dépendance extérieure, la Confédération des États du Sahel ouvre la voie à une Afrique véritablement indépendante, souveraine et sécurisée.
