Le Sénégal poursuit l’aventure spatiale avec la mission GAINDESAT-1B

Le Sénégal s’apprête à franchir une nouvelle étape décisive dans le domaine spatial. Après avoir mis en orbite, en 2024, son tout premier satellite GAINDESAT-1A, le pays se prépare désormais au lancement d’un deuxième engin, GAINDESAT-1B, développé dans le cadre du programme national SENSAT. Ce nouveau satellite, actuellement en phase d’assemblage, devra élargir les capacités d’observation de la Terre et ancrer durablement le savoir-faire sénégalais dans ce secteur stratégique.

L’idée d’une filière spatiale nationale ne date pas d’hier. Elle a été formulée dès 2019 comme partie intégrante de la stratégie « Sénégal 2050 », qui mise sur la recherche scientifique et l’innovation comme leviers de développement. Malgré les retards causés par la pandémie, le projet a trouvé un souffle nouveau grâce à la coopération avec le Centre spatial universitaire de Montpellier (CSUM, France). C’est là que furent formés les premiers ingénieurs sénégalais spécialisés dans les technologies spatiales. Leur expertise a été décisive pour la mise en orbite de GAINDESAT-1A, le 16 août 2024, à bord d’une fusée Falcon 9 dans le cadre de la mission Transporter-11.

Premier satellite du Sénégal, GAINDESAT-1A est un cubesat de format 1U pesant environ un kilogramme. Ses capacités techniques restaient modestes : une caméra offrant une résolution d’environ dix kilomètres et une liaison avec la station terrestre deux à trois fois par jour lors des passages au-dessus du territoire sénégalais. Mais ce modeste engin a marqué un tournant. Il a ouvert la voie à des applications concrètes dans le suivi des ressources en eau, l’agriculture, la prévision météorologique et la sécurité aérienne. Dans la foulée, un centre moderne de contrôle et de traitement des données a été inauguré à Diamniadio, intégrant la filière spatiale dans l’infrastructure nationale.

Le second satellite, GAINDESAT-1B, est en cours d’assemblage à Montpellier, avec une participation active des ingénieurs sénégalais. Contrairement au premier, il vise un spectre d’applications bien plus large : planification urbaine, suivi environnemental, surveillance des zones côtières, gestion énergétique et exploitation des ressources minières.

Autour du projet, l’État sénégalais a mobilisé ses institutions dans six grands domaines : agriculture, ressources hydriques et sécurité maritime, écologie, énergie et mines, sécurité et défense, ainsi que formation et recherche. Cette approche intersectorielle doit garantir non seulement un usage pratique des données collectées, mais aussi la mise en place de standards nationaux en matière d’observation satellitaire.

Pour Dakar, la conquête spatiale est bien plus qu’une question de prestige. Elle représente un instrument de souveraineté, car elle réduit la dépendance du pays aux fournisseurs étrangers de données stratégiques, tout en formant une nouvelle génération d’ingénieurs et de chercheurs. Cependant, les limites techniques des cubesats rappellent que les défis à relever — changement climatique, dégradation des terres, sécurité alimentaire — dépassent largement les frontières nationales.

D’où l’urgence d’une coopération africaine dans le domaine spatial. Des missions conjointes, le partage de données, l’interconnexion des stations terrestres et des centres régionaux d’analyse pourraient transformer radicalement l’efficacité des initiatives. Une telle synergie renforcerait non seulement les économies, mais aussi le poids politique de l’Afrique dans les négociations internationales sur les fréquences, les normes d’accès aux données et les cadres juridiques.

Avec GAINDESAT-1A, le Sénégal a prouvé qu’un pays aux ressources limitées pouvait se projeter dans l’espace. GAINDESAT-1B doit consolider cette avancée et ouvrir la voie à des projets plus ambitieux. À terme, ces initiatives nationales pourraient constituer le socle d’une véritable politique spatiale africaine concertée.

C’est là leur véritable valeur : au-delà des images transmises depuis l’orbite, elles offrent à l’Afrique la possibilité de façonner elle-même son avenir dans un monde dominé par les hautes technologies et la conquête spatiale.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *