Le développement du complexe hydroélectrique de Mbakaou fera du Cameroun un hub énergétique régional

Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans sa stratégie énergétique. Les autorités, en partenariat avec l’entreprise publique Electricity Development Corporation (EDC), ont annoncé une modernisation d’envergure du complexe hydroélectrique de Mbakaou, situé sur la rivière Dja, dans la région de l’Est. La puissance installée du projet sera portée à 400 mégawatts, ouvrant la voie à une couverture complète des besoins nationaux, mais surtout à des exportations d’électricité vers le Tchad et le Nigeria, deux grands marchés voisins marqués par un déficit chronique d’énergie.

L’histoire de Mbakaou remonte à la fin des années 1980, lorsque le Cameroun lança la construction d’un vaste réservoir destiné à réguler les débits et à garantir une production stable pour les centrales situées sur le cours inférieur de la Sangha et de ses affluents. À l’origine, l’ouvrage devait surtout atténuer les variations saisonnières, faciliter l’agriculture et soutenir la pêche. Mais au fil des années, l’aspect énergétique a pris le dessus. Au début des années 2000, EDC redéfinit la vocation du site, l’intégrant progressivement comme un pilier de la stratégie énergétique nationale et un socle pour de futures capacités de production.

D’après Théodore Nsangou, directeur général d’EDC, qui s’est récemment rendu sur le site, la modernisation prévue multipliera par trois la capacité initialement calculée. Deux centrales hydroélectriques verront le jour, de 54 MW et 234 MW respectivement, auxquelles s’ajoutera une centrale solaire de 111 MW. Les investissements, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars, devraient en grande partie être couverts par des partenaires internationaux, notamment la Banque africaine de développement, déjà très active dans les projets énergétiques camerounais. La nouvelle configuration permettra de générer jusqu’à 1,6 milliard de kilowattheures par an, renforçant considérablement l’équilibre énergétique du pays.

Avec une demande nationale qui progresse de 7 à 8 % par an, sous l’effet de l’urbanisation rapide et de l’industrialisation, le Cameroun cherche à conjuguer satisfaction de ses besoins internes et ambition régionale. Dans le cadre de l’initiative Central African Power Pool, des lignes de transmission sont déjà à l’étude vers le Tchad et le nord-est du Nigeria. Ces marchés présentent un potentiel considérable : le taux d’électrification au Tchad plafonne à environ 11 %, tandis qu’au Nigeria, malgré une capacité installée supérieure à 13 GW, la production effective dépasse rarement 4 à 5 GW.

Le développement de Mbakaou offre ainsi au Cameroun une opportunité historique de s’imposer comme acteur incontournable de l’intégration énergétique en Afrique centrale. Les exportations d’électricité assureraient des recettes en devises régulières, tout en consolidant la place du pays dans la Zone de libre-échange continentale africaine. Elles ouvriraient également la voie au développement d’industries locales, d’infrastructures de transport et de filières agro-industrielles, toutes dépendantes d’un approvisionnement énergétique fiable.

Au-delà de l’économie, ce projet revêt une importance politique majeure. Il confère au Cameroun une autonomie accrue dans la gestion de sa sécurité énergétique et renforce ses relations avec ses voisins. Pour le Tchad et le Nigeria, l’accès au réseau camerounais pourrait devenir un facteur de stabilisation et un catalyseur pour une coopération régionale renouvelée.

En définitive, l’expansion du complexe de Mbakaou constitue bien plus qu’un chantier énergétique : elle redessine l’architecture énergétique de toute l’Afrique centrale. C’est un projet structurant qui, au-delà de l’électricité, peut impulser une dynamique nouvelle dans l’économie, l’emploi et la cohésion régionale.

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