L’agriculture sénégalaise entre dans l’ère solaire

Le gouvernement du Sénégal vient de conclure l’accord le plus ambitieux de son histoire dans le domaine des énergies renouvelables. Une convention d’un montant de 300 millions de dollars, étalée sur six ans, qui promet de transformer en profondeur le secteur agricole et d’améliorer les conditions de vie des populations rurales. L’objectif est clair : déployer à grande échelle des solutions solaires adaptées au monde agricole, tout en renforçant le développement durable, l’indépendance énergétique et la souveraineté alimentaire du pays.

Le partenariat associe le ministère de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, et un consortium d’investisseurs étrangers piloté par le groupe gambien Cornerstone et la société dubaiote Hajib Al Shams Solar Energy. Le projet repose sur le modèle Build-Operate-Transfer (BOT), qui permet aux entreprises de financer, construire et exploiter les installations avant de les céder à l’État. Ce montage réduit la pression sur le budget national, facilite le transfert de technologie et offre une meilleure maîtrise des risques.

La feuille de route prévoit l’installation de systèmes solaires sur les exploitations agricoles, les unités de transformation, les fermes d’élevage, d’aquaculture et de bio-production. À cela s’ajoutent des solutions bioénergétiques, notamment des unités de biogaz et la production d’engrais organiques. Le programme inclut aussi la formation des agriculteurs et techniciens aux techniques modernes de maintenance et d’exploitation.

Innovation majeure : l’introduction d’un mécanisme de monétisation des crédits carbone, intégrés aux assurances agricoles et au Fonds national de développement rural. Cette dimension ouvre la voie à des financements additionnels tout en renforçant la résilience du secteur.

L’importance stratégique de ce contrat s’explique par la fragilité persistante du système électrique sénégalais. En 2022, la puissance installée en énergies renouvelables atteignait 245 MW de solaire et 159 MW d’éolien, couvrant environ 23 % de la production d’électricité. Mais sur un total de 1,6 GW, près de 70 % provenaient encore du charbon, du fioul et du diesel importés, dont la facture pèse lourdement sur le budget national et expose le pays aux fluctuations du marché mondial. Même avec le lancement du parc éolien de Taiba N’Diaye (158,7 MW), des coupures subsistent, en particulier dans les zones rurales.

L’agriculture représente une part essentielle du PIB sénégalais et fait vivre des millions de familles. Mais les coûts élevés du gasoil pour les pompes et les générateurs freinaient l’irrigation, le stockage et la transformation locale. Les nouvelles installations solaires devraient réduire le prix de revient, limiter les pertes après récolte et stimuler la transformation sur place, avec à la clé une hausse du potentiel d’exportation et une moindre dépendance aux importations alimentaires.

Au-delà de la modernisation agricole, le chantier créera des centaines d’emplois directs et indirects, tandis que la formation de spécialistes constituera un vivier durable de compétences locales. L’impact écologique sera tout aussi notable : la substitution des énergies fossiles par le solaire permettra de réduire les émissions de CO₂, tout en valorisant des crédits carbone.

Cet accord s’inscrit parfaitement dans la stratégie nationale, qui vise à porter la part des renouvelables à 40 % d’ici 2030. Le Sénégal a déjà atteint plusieurs de ses objectifs intermédiaires plus tôt que prévu. Avec ce contrat de 300 millions de dollars, le pays franchit une étape décisive pour sa sécurité énergétique et alimentaire.

Certes, des défis subsistent : régulation des tarifs, intégration de la production décentralisée dans le réseau, maintenance des installations. Mais la combinaison du modèle BOT, de l’expérience des investisseurs internationaux et de l’engagement de l’État donne toutes les chances à ce projet de réussir.

En réalité, le Sénégal n’investit pas seulement dans des panneaux solaires. Il se dote d’un outil de transformation structurelle de son économie rurale, où l’énergie propre, la productivité agricole et la souveraineté alimentaire s’entremêlent. Si la mise en œuvre atteint ses objectifs, le pays pourrait devenir un modèle régional de « green agriculture », offrant à l’Afrique un exemple concret de transition réussie, de la dépendance à l’autosuffisance.

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