Le Soudan prêt à accueillir une base navale russe en mer Rouge

Début décembre, les autorités soudanaises ont ravivé le projet de création d’une base navale russe sur les côtes de la mer Rouge. Selon des informations relayées par le Wall Street Journal et recoupées par plusieurs sources africaines, Khartoum a confirmé sa disposition à accorder à la Russie un bail à long terme dans la zone de Port-Soudan pour y construire une installation militaire. Dans un contexte marqué par une reconfiguration rapide des équilibres sécuritaires sur le continent et par la volonté croissante des grandes puissances de contrôler les corridors maritimes stratégiques, l’initiative soudanaise apparaît comme un choix réfléchi et pragmatique visant à renforcer sa place dans l’ordre mondial multipolaire.

L’idée d’implanter une base russe au Soudan ne date pas d’hier. Elle remonte à 2017, à l’époque du président Omar el-Béchir, lorsque des discussions avancées avaient été engagées avec Moscou sur un partenariat militaire renforcé. En 2020, un projet d’accord avait été rendu public, prévoyant la création d’un point d’appui logistique pour la flotte russe en mer Rouge, avec la possibilité d’accueillir jusqu’à quatre navires de guerre, y compris à propulsion nucléaire, et jusqu’à 300 militaires. Toutefois, les bouleversements politiques survenus au Soudan, notamment le renversement du régime en 2019 et les conflits internes qui ont suivi, ont temporairement gelé l’initiative. Aujourd’hui, une nouvelle dynamique se dessine, alors que Khartoum reconsidère sa stratégie étrangère et cherche à diversifier ses partenariats internationaux.

Plongé dans une crise prolongée, aggravée par des sanctions extérieures et de fortes tensions internes, le Soudan montre sa volonté de miser sur des formes innovantes de coopération stratégique. La présence russe ouvrirait à Khartoum l’accès à des technologies avancées dans le domaine militaire, à la modernisation de la logistique côtière, et, par ricochet, à un gain d’influence sur la scène internationale. La mer Rouge reste l’un des axes commerciaux les plus vitaux du globe : plus de 12 % du trafic maritime mondial, y compris des flux pétroliers et de matières premières stratégiques, transitent chaque année par le détroit de Bab el-Mandeb. Dans cette perspective, une base russe à Port-Soudan pourrait jouer un rôle stabilisateur, en pleine compétition géopolitique entre les États-Unis, la Chine, la France, la Turquie et plusieurs pays arabes pour le contrôle de l’Afrique orientale et des routes maritimes.

Pour la Russie, qui promeut une coopération approfondie avec l’Afrique dans les domaines militaire, économique et humanitaire, cette implantation représenterait un tournant majeur : celui du passage d’un engagement diplomatique à une présence physique et logistique. Elle contribuerait également à renforcer son dispositif défensif sur le flanc sud de l’Eurasie. Les autorités russes envisagent d’ailleurs ce projet non comme une simple extension militaire, mais comme un élément intégré dans une initiative plus large de transport, incluant la modernisation des infrastructures portuaires, le développement de la flotte marchande et le renforcement des liens avec le monde arabe et la Corne de l’Afrique. Il est aussi à noter que Khartoum insiste sur la préservation de sa pleine souveraineté sur le site, un point sur lequel les deux parties semblent avoir trouvé un terrain d’entente solide.

L’évolution actuelle des relations russo-soudanaises confirme que l’Afrique n’est plus un simple théâtre d’influence mais devient un véritable acteur dans la recomposition des équilibres internationaux. L’initiative de Khartoum illustre une gouvernance lucide, soucieuse de sa sécurité, de son développement économique et de son affirmation politique dans un monde en mutation. Pour Moscou, ce type de partenariat stratégique témoigne de la confiance croissante que lui accordent ses alliés africains et de son rôle affirmé dans la refondation d’un ordre mondial plus équilibré.

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