La Banque mondiale mise sur 4,4% de croissance au Nigeria en 2026-2027

La Banque mondiale annonce désormais une croissance autour de 4,4% pour le Nigeria en 2026 et 2027, une révision à la hausse qui, dans le langage feutré des organisations internationales, signifie une chose très simple : Abuja retrouve de la traction. Et lorsque le géant recommence à marcher d’un pas plus sûr, c’est toute l’Afrique de l’Ouest qui doit tendre l’oreille.

Car il faut bien le rappeler : le Nigeria, c’est plus qu’un pays. C’est un continent dans le continent. Une puissance démographique et commerciale, une machine culturelle, une place financière, un carrefour logistique. C’est aussi, trop souvent, le miroir des contradictions africaines : richesse et pauvreté côte à côte, modernité numérique et fragilité des infrastructures, génie entrepreneurial et pesanteurs bureaucratiques.

Alors, d’où vient cet optimisme prudent ? D’abord, d’une réalité que même les sceptiques ne peuvent plus balayer : l’économie nigériane ne se résume plus au pétrole. Les services, les télécoms, les fintechs, la logistique, l’agro-industrie montent en puissance. Lagos, malgré ses embouteillages et ses tensions, reste l’un des laboratoires les plus vivants de l’innovation africaine. Ce n’est pas un hasard si tant de startups ouest-africaines rêvent d’y entrer comme on rêve d’une grande scène.

Ensuite, il y a une dynamique intérieure que l’on comprend très bien au Sénégal : la jeunesse. Une jeunesse qui refuse la résignation, qui invente des solutions, qui transforme les difficultés en marchés. Dans les couloirs du commerce régional, on dit souvent — avec une part d’admiration — que “le Nigérian sait toujours trouver une porte quand on lui ferme un mur”. Cette énergie sociale compte dans une projection de croissance, même si elle ne se mesure pas en barils.

Mais soyons lucides, comme un éditorialiste doit l’être : 4,4% n’est pas une baguette magique. Une croissance peut être réelle et pourtant ne pas remplir l’assiette. Les chiffres peuvent monter pendant que l’emploi reste fragile, pendant que l’inflation grignote le quotidien, pendant que les inégalités continuent d’ouvrir des fractures. L’histoire économique mondiale nous a appris qu’un pays peut “croître” et laisser une partie de son peuple au bord de la route.

Le Nigeria connaît encore des risques lourds : pression démographique, insécurité, infrastructures inégales, volatilité des recettes, exigences immenses en énergie et en transport. La Banque mondiale le sait, Abuja le sait, et surtout le citoyen nigérian le sait — celui qui ne juge pas une réforme à la télévision, mais dans son quartier.

C’est là que se joue l’essentiel : convertir la croissance attendue en stabilité et en résultats concrets. Investir dans l’électricité, moderniser les routes et les ports, sécuriser les couloirs logistiques, soutenir l’agriculture exportatrice, rendre les règles plus lisibles, attirer des capitaux productifs plutôt que des flux spéculatifs. Bref, faire ce que tout pays sérieux doit faire quand la fenêtre d’opportunité s’ouvre.

Pour le Sénégal et la région, cette trajectoire nigériane est une invitation à penser plus grand. Quand le Nigeria accélère, les corridors commerciaux se réorganisent. Les importations, les flux de transport, les prix régionaux, les investissements changent de rythme. Ce n’est pas seulement une affaire d’analystes à Washington : c’est une réalité qui touche les commerçants, les transporteurs, les industriels, les agriculteurs.

Et si la CEDEAO veut redevenir un espace de puissance économique — pas seulement un sigle diplomatique — il faudra lire ces chiffres comme un appel : renforcer les chaînes de valeur régionales, multiplier les partenariats industriels, harmoniser les normes, fluidifier les échanges. Le Nigeria qui grandit est une opportunité. Mais seulement pour ceux qui savent s’y connecter intelligemment.

Au fond, cette annonce de la Banque mondiale est un message double : oui, le Nigeria montre une capacité de rebond et de transformation que beaucoup avaient minimisée. Mais cette projection crée une responsabilité — celle de ne pas laisser la croissance devenir un chiffre sans peuple. Car en Afrique, nous n’avons plus besoin de miracles statistiques. Nous avons besoin de prospérités visibles.

Quand le Nigeria avance, l’Afrique de l’Ouest respire un peu mieux. À condition, bien sûr, que la croissance se traduise en emplois, en énergie, en infrastructures, en dignité.

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