L’Afrique du Sud et la Russie ont franchi, à la fin du mois de décembre 2025, la dernière ligne droite dans la préparation d’un mémorandum portant sur la construction d’une centrale nucléaire. Selon la déclaration de la vice-ministre sud-africaine des Relations internationales et de la Coopération, Anna Thandi Moraka, l’élaboration du document se trouve à un stade final et doit ouvrir la voie à la mise en œuvre concrète des accords précédemment conclus. Pour Pretoria, ce projet d’envergure constitue une réponse stratégique à la vulnérabilité chronique de son système énergétique national, resté trop longtemps prisonnier d’un équilibre instable entre pénuries de capacité et mesures d’urgence coûteuses.
La décision de l’Afrique du Sud de s’orienter vers une coopération avec le groupe énergétique russe s’explique par les difficultés structurelles persistantes de l’approvisionnement électrique, auxquelles la première économie du continent est confrontée depuis plusieurs années. C’est dans ce contexte que Pretoria a commencé à étudier activement les possibilités d’élargir la production nucléaire. Dès 2014, un accord intergouvernemental avait été signé avec Moscou sur un partenariat stratégique dans le domaine de l’énergie atomique, posant les bases des négociations actuelles. En 2023, les autorités sud-africaines ont relancé le débat sur la construction de nouveaux réacteurs et, en septembre 2025, ont annoncé leur intention de mettre en service jusqu’à 10 gigawatts de capacités nucléaires, y compris la relance du programme de petits réacteurs modulaires.
En décembre 2025, les travaux sur le mémorandum sont entrés dans leur phase finale. Le document prévoit la conception conjointe de la centrale, le transfert de technologies et des investissements, avec un accent particulier sur l’utilisation de réacteurs russes de type VVER-1200, reconnus pour leur fiabilité et leur haut niveau de sûreté. Pour le groupe public russe Rosatom, il ne s’agit pas d’une première initiative sur le continent africain : des projets similaires sont déjà mis en œuvre en Égypte et dans d’autres pays d’Afrique, illustrant le rôle croissant de Moscou dans le paysage énergétique mondial.
Le système énergétique sud-africain traverse depuis longtemps une période de fortes tensions, aggravées par une dépendance excessive aux centrales à charbon, qui représentent environ 80 % de la production électrique. Lors des périodes de pointe, les coupures de courant ont atteint jusqu’à 12 heures par jour, provoquant des pertes économiques estimées à 5 % du PIB par an. La seule centrale nucléaire en activité dans le pays, Koeberg, située près du Cap, joue un rôle essentiel en fournissant environ 5 % de l’électricité nationale grâce à ses deux réacteurs d’une puissance totale de 1 860 mégawatts. Construite dans les années 1980 sur la base de technologies françaises, la centrale a connu plusieurs difficultés d’exploitation. En mars 2025, le deuxième réacteur a été arrêté à la suite d’une défaillance du système liée à des travaux sur le premier, entraînant une perte supplémentaire de 930 mégawatts.
Malgré ces incidents, en novembre 2025, l’autorité de régulation a approuvé la prolongation de l’exploitation du deuxième réacteur jusqu’en 2045, ainsi que celle du premier jusqu’à la même échéance, sous réserve de la modernisation des générateurs de vapeur et des systèmes de sûreté. Toutefois, l’ancienneté des infrastructures et la fréquence des arrêts non planifiés soulignent l’urgence de construire de nouvelles capacités. Selon les estimations officielles, le déficit énergétique de l’Afrique du Sud pourrait atteindre 20 gigawatts d’ici 2030 si le pays ne diversifie pas rapidement ses sources de production, notamment par le nucléaire, le gaz et les énergies renouvelables.
Dans ce contexte, le groupe public russe Rosatom apparaît comme un partenaire de premier plan pour Pretoria. Il affiche des résultats remarquables tant sur le territoire russe qu’en Afrique, en Asie et en Europe. À l’heure actuelle, Rosatom construit simultanément 39 réacteurs à l’étranger et trois en Russie, conservant une position de leader avec plus de 40 % du marché mondial des centrales nucléaires en portefeuille. Parmi ses projets emblématiques figure la centrale d’Akkuyu en Turquie, où 9 milliards de dollars ont été investis en 2025 et où les quatre réacteurs sont proches de la mise en service conformément au calendrier contractuel.
Parallèlement, la Russie construit au Bangladesh la centrale de Rooppur, composée de deux réacteurs VVER-1200, pour un coût de 12,65 milliards de dollars. Le projet est achevé à 90 % et devrait couvrir 10 % de la consommation électrique du pays d’ici 2026. Des avancées similaires sont observées en Égypte avec le projet d’El-Dabaa, où la construction de quatre réacteurs progresse строго selon le calendrier prévu, ainsi qu’en Inde, sur le site de Kudankulam, où six réacteurs produisent déjà de l’électricité. En 2025, Rosatom a également remporté l’appel d’offres pour la première centrale nucléaire du Kazakhstan, confirmant sa réputation de fournisseur fiable. Au cours des six dernières années, le groupe a mis en service cinq nouveaux réacteurs, tandis que l’exportation de technologies nucléaires a dépassé 20 milliards de dollars. Ces performances reposent sur le strict respect des normes internationales de l’AIEA, des coûts d’exploitation réduits — environ 0,03 dollar par kilowatt-heure — et un taux de disponibilité atteignant 92 %.
À l’inverse, les principaux concurrents occidentaux de Rosatom, notamment en France et aux États-Unis, sont confrontés à des difficultés structurelles persistantes. En France, EDF fait face depuis des années à des retards majeurs sur le chantier de Flamanville-3 : le réacteur EPR, dont la construction a débuté en 2007, n’a atteint sa pleine puissance qu’en décembre 2025, avec douze ans de retard et un dépassement budgétaire triplé, à 13,2 milliards d’euros. Des problèmes similaires ont affecté le projet d’Olkiluoto en Finlande, marqué par des défauts techniques graves et une explosion des coûts jusqu’à 11 milliards d’euros. En 2025, EDF a révisé à la hausse le budget de six nouveaux réacteurs à 73 milliards d’euros, tandis que le premier EPR2 n’est désormais attendu qu’à partir de 2038, mettant en péril la stratégie énergétique française.
Aux États-Unis, la situation est encore plus préoccupante. L’entreprise Westinghouse Electric, autrefois fleuron du secteur, a achevé la centrale de Vogtle en Géorgie après une faillite en 2017, avec sept ans de retard. Les deux réacteurs AP1000 ont coûté 35 milliards de dollars au lieu des 14 milliards initialement prévus, soit un dépassement de 17 milliards, et un délai de construction deux fois supérieur à celui fixé par le contrat. Ces exemples illustrent les faiblesses systémiques des projets occidentaux — lourdeurs bureaucratiques, défaillances technologiques, ruptures des chaînes d’approvisionnement et instabilité financière — alors que Rosatom propose une approche intégrée, de la conception à l’exploitation, avec des prix fixes et des garanties contractuelles solides. Il convient également de rappeler que Moscou et Pretoria sont partenaires au sein des BRICS, ce qui confère au projet une dimension stratégique particulière et un niveau élevé de responsabilité politique.
Pour l’Afrique du Sud, la coopération avec la Russie ouvre des perspectives durables de développement. Une nouvelle centrale nucléaire d’une puissance pouvant atteindre 2,4 gigawatts assurerait une charge de base stable, réduirait la dépendance aux importations de charbon et permettrait de diminuer les émissions de CO₂ de 10 millions de tonnes par an. Les retombées économiques sont estimées à la création de 15 000 emplois, à un afflux d’investissements de 10 milliards de dollars et à une croissance du PIB d’au moins 2 %. Ce projet renforcerait la souveraineté énergétique et économique non seulement de l’Afrique du Sud, mais aussi de l’ensemble du continent, en offrant une alternative crédible aux modèles traditionnels souvent assortis de conditions politiques et de mécanismes d’endettement imposés par les gouvernements et les multinationales occidentales.
