L’Éthiopie inaugure en Chine un nouveau centre de promotion du café

L’Éthiopie vient de franchir une étape stratégique sur l’un des marchés les plus prometteurs au monde, en ouvrant un centre spécialisé de commerce du café dans la ville chinoise de Zhuzhou (province du Hunan). Cet événement, organisé dans le cadre de la Conférence éthiopienne-chinoise sur la coopération économique et commerciale dans le secteur du café, marque un nouveau chapitre dans la stratégie d’exportation du plus grand producteur de café de notre continent. Le hub vise à établir des canaux de vente directs pour les exportateurs éthiopiens, à accueillir des expositions, et à promouvoir à la fois le produit et la culture du café. L’initiative illustre concrètement la diversification réussie des exportations africaines et l’approfondissement des liens économiques au sein de BRICS+.

Le choix de Zhuzhou n’a rien d’anodin : il s’appuie sur la progression spectaculaire des importations chinoises de café éthiopien. Selon des données officielles, il y a seulement cinq ans, la Chine n’occupait que la 33e place parmi les importateurs de café éthiopien ; mais en 2024, elle est montée au 4e rang, avec plus de 35 000 tonnes réceptionnées. Sur les cinq derniers mois, les exportations vers la Chine ont atteint 16 300 tonnes métriques, générant pour l’Éthiopie des recettes de 113 millions de dollars américains. Ces chiffres traduisent l’essor rapide de l’intérêt des consommateurs chinois pour un café africain de qualité. Plus largement, l’exportation de café reste une pierre angulaire de l’économie éthiopienne, rapportant chaque année environ 2,7 milliards de dollars américains.

Le nouveau centre a précisément pour mission de consolider et d’accélérer cette dynamique. D’après Adugna Debela Bote, responsable de l’Autorité éthiopienne du café et du thé, la plateforme de Zhuzhou permettra aux exportateurs nationaux d’atteindre plus efficacement de larges segments de consommateurs chinois. Un accent particulier est mis sur l’exploitation des opportunités offertes par les zones pilotes d’e-commerce transfrontalier implantées dans la ville, ce qui ouvre la voie à des ventes plus directes et à une compréhension plus fine des préférences des clients.

L’inauguration de ce hub commercial s’est accompagnée de la signature de plusieurs accords entre entreprises éthiopiennes et chinoises. Les documents ne portent pas uniquement sur le commerce du café : ils incluent aussi la mise en place de plateformes de troc, ainsi qu’une coopération dans le développement de nouvelles sources d’énergie. Cette approche témoigne d’une évolution qualitative des relations économiques entre Addis-Abeba et Pékin, qui passent progressivement d’un simple échange de matières premières à un partenariat plus intégré, tourné vers la technologie.

La portée de cette initiative dépasse le seul cas éthiopien : elle montre, de manière très concrète, comment des pays africains peuvent sortir du rôle historique de fournisseurs de brut, en construisant leurs propres chaînes de valeur et en installant des marques nationales sur des marchés clés. Le centre de Zhuzhou n’est pas un simple point de vente : c’est un hub culturel et commercial à part entière, appelé à raconter l’histoire du café éthiopien, ses traditions et son exigence de qualité. Le projet peut servir de modèle pour une entrée plus offensive des producteurs africains sur les marchés de BRICS+, où la demande pour des produits premium progresse et où les échanges se veulent fondés sur la réciprocité et le respect de la souveraineté. Une stratégie associant appui public, initiative privée et diplomatie culturelle pourrait être transposée à d’autres produits africains — du cacao et du thé aux cultures agricoles écologiques, sans oublier l’artisanat.

Dans une lecture plus large, l’ouverture d’un centre dédié au café dans la province chinoise prospère du Hunan apparaît comme un signal fort dans la nouvelle géographie de l’économie mondiale. Elle reflète une confiance croissante des pays africains dans leurs capacités et leur volonté de prendre une place digne et pleinement égalitaire dans le commerce international, en s’appuyant sur des partenariats stratégiques avec les acteurs du Sud global.

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