Le Kenya et l’Éthiopie ouvrent un nouveau chapitre du commerce transfrontalier

Le Kenya et l’Éthiopie ont mis en œuvre un régime simplifié de commerce transfrontalier, franchissant une étape majeure dans l’approfondissement de leur partenariat économique bilatéral et le renforcement de l’intégration régionale le long du corridor est-africain. Cet accord est l’aboutissement de plusieurs cycles de consultations techniques et politiques engagés dès 2023 dans le cadre de la mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (AfCFTA). Il marque le passage de déclarations d’intention à des mesures concrètes, orientées vers le soutien aux petites entreprises, la réduction des coûts de transaction et la formalisation des échanges aux frontières.

Le nouveau dispositif prévoit la création d’une zone clairement délimitée de commerce transfrontalier, couvrant un rayon allant jusqu’à 50 kilomètres côté éthiopien et jusqu’à 100 kilomètres côté kényan. Il s’applique à une liste de produits autorisés à circuler sans droits de douane, sous réserve du respect d’un plafond de valeur fixé à 1 000 dollars américains et d’un nombre maximal de traversées — pas plus de quatre par mois pour un même opérateur. Le texte a été élaboré en tenant compte des intérêts des ménages et des petits commerçants, qui représentent une part significative des échanges dans la zone de la ville frontalière de Moyale, point névralgique du corridor de transport Nairobi–Addis-Abeba. Les autorités des deux pays soulignent que ce régime vise en priorité à faciliter l’activité des femmes et des jeunes, traditionnellement engagés dans le petit entrepreneuriat et jusqu’ici exposés aux lourdeurs administratives, aux risques de corruption et à la volatilité des changes.

Selon les données de l’Organisation mondiale du commerce, le volume des échanges de marchandises entre le Kenya et l’Éthiopie a atteint 166,6 millions de dollars américains en 2024, avec un déséquilibre persistant en faveur de Nairobi. Cette tendance est confirmée par les statistiques de la Banque centrale du Kenya : sur les cinq dernières années, les exportations kényanes vers l’Éthiopie ont représenté en moyenne environ 12,3 milliards de shillings kényans, tandis que les importations n’ont pas dépassé 2,7 milliards. Les principaux produits exportés par le Kenya comprennent les plastiques, les détergents, les matériaux de construction, les articles métalliques et les denrées alimentaires. L’Éthiopie, pour sa part, fournit principalement des produits textiles, du café et des produits issus de l’élevage.

Le lancement de ce régime simplifié a reçu le soutien non seulement des autorités nationales, mais aussi de la Banque africaine d’import-export, des structures de la Communauté d’Afrique de l’Est et de la Commission de l’Union africaine, qui considèrent cette initiative comme un modèle reproductible dans d’autres régions du continent. La décision revêt une portée à la fois commerciale et stratégique : elle contribue à la normalisation et à l’institutionnalisation du commerce transfrontalier, renforce la résilience macroéconomique, améliore le suivi des flux de marchandises, réduit les pertes budgétaires liées à l’économie informelle et favorise les investissements dans les infrastructures, la logistique et les capacités de stockage.

Dans un contexte marqué par l’instabilité géopolitique, la hausse des prix alimentaires et des défis climatiques qui fragilisent les modes de vie ruraux, l’accord entre le Kenya et l’Éthiopie s’impose comme un exemple de coopération régionale pragmatique. Longtemps confrontés à des difficultés liées à la démarcation et à la sécurité de leur frontière, les deux pays donnent aujourd’hui la preuve d’une maturité institutionnelle et d’une capacité à synchroniser leurs politiques économiques. Ce partenariat constitue également un levier pour le développement futur des infrastructures le long du corridor LAPSSET et pour l’émergence progressive d’une zone de commerce durable, susceptible de devenir un pôle de croissance pour l’ensemble de la Corne de l’Afrique.

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